01/12/2005

Extrême jonction



 Il y a des jours…

…après avoir tant et tant traîné ta journée, mollets harassés et chevilles empêtrées,  tu échoues enfin le soir au pied du lit.

Tu laisses ton fardeau entre les pantoufles avachies et le bouquin du soir, tu t’enfonces dans l’édredon, tu te prépares à  larguer les amarres en rêvant déjà de l’évasion vers l’autre côté du cadran…

 

Mais le bateau n’est pas là, ou seraient-ce les amarres qui ne se larguent pas.

 

Tu cherches le sommeil tantôt à droite, tantôt à gauche, tantôt sur le dos au fil de la respiration de celle qui dort paisiblement juste à côté de toi.

Et c’est dans le lit que tu te noies.

Tu te raccroches à la moindre parcelle d’idée, à n’importe quel bout de rêve à attraper pour enfin décoller.

 

Rien... le ciel est désespérément vide tandis que, petit à petit, le fardeau du jour passé s’insinue, rampe sous l’oreiller, rejoint déjà celui de demain pour ne faire qu’un seul magma pesant.

Alors tu fuis le lit, tu erres dans la maison froide et sans lumière à la recherche d’un verre d’eau, d’un fragment de sommeil à glisser sous tes paupières fatiguées.

Faute de savoir que faire, tu te recouches enfin, tu recommences la nuit à zéro.

Maintenant ça va aller.

 

Tu penses très fort à ne pas penser de ne plus penser, tu cherches à te vider  l’esprit, et c’est à ce moment qu’arrive le point de détail, ce tout petit souci, un problème à résoudre qui t’attend de l’autre côté de la nuit, dérisoire et dont tu riras demain mais qui t’envahit, qui ne te lâche plus. Tu as beau te retourner, il te suit, te harcèle.

Puis arrive l’œil furtif vers les chiffres du réveil et c’est la panique. Tu es déjà si tard, si tôt. Les minutes défilent à une vitesse folle et de la rue parviennent à présent les premiers bruits qui tuent la trêve nocturne.

 

Plus le temps de dormir. Il ne te reste qu’à attendre calmement, les bras le long du corps, yeux ouverts dans le lit, que le réveil sonne, t’économiser pour tenir le coup encore une journée.

 

Non, tant pis tu te lèves. Tu te retrouves sur le quai, atone et sans âme, et le train est annulé. Le train pour où ? Tu ne prends plus le train depuis belle lurette. Et quelle est cette gare ? Et comment rentrer chez toi ? Tu regardes ta montre. Il est dix heures trente.  Ce n’est pas possible ! Tes collègues sont déjà au boulot et toi tu n’y es pas. Tu as dormi trop longtemps, tu n’as pas entendu le réveil.

 

Brusquement à ta gauche, dans les hauts parleurs, une voix grésille « …dissipation lente des brumes matinales. Plus tard dans la journée, de belles éclaircies apparaîtront mais le thermomètre fera grise mine. Les températures ne dépasseront pas …».

Ta Brune roule sur le côté et coupe la radio, soupire profondément. T’as les idées éparpillées tout autour de toi, tu maudis ce sommeil  tant recherché qui te colle à présent aux yeux, aux oreilles, t’empêche de quitter le lit. Tu trébuches dans tes pantoufles, t’empêtres à nouveau dans le fardeau qui s’accroche à tes mollets, à tes chevilles. Tu titubes jusqu’à la salle de bain, découvres ce visage aux yeux gonflés vieilli d’une nuit de plus.

 

Faudra attendre ce soir. Ca ira mieux demain, si tu trouves le chemin.


Extrême jonction


23:30 Écrit par 0 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.