23/12/2005

Toi aussi participe à l'éducation de ton fils !

 

 

 










Ah, tiens, te revoilà ? Ca fait longtemps…


Mais regarde-moi ça mais regarde-moi ça mais regarde-moi ça.

T’as vu ce qui se passe chez nos voisins du sud ?

Meuh non, pas la brusque augmentation des ventes automobiles....

Allez, j’te le dis en mille.

Ils abandonnent la méthode globale

Evidemment, comme d'hab, en Belgique ils vont suivre...

Ben zuttalors.

Encore un pan entier de la vie de famille qui part à l’huche.

Quoi ?

Tu vois pas ce que c'est que la méthode globale ?

Mais si, souviens-toi Barbara.

Allez, un petit coup de Flashback

On fait comme au ciné, tu t'installes à l’aise en attendant le film. Lumières tamisées dans la salle etc…

Il était UNE FOIS, c'est une histoire belge

Quelque part ici ou ailleurs…

 

 

 

Ton asticot : Papa, z’ai fini mes devoirs, ze peux aller zouer ?

 

Toi : Une minute, on regarde d’abord ensemble. Montre-moi ce que tu as fait. Je lis : "Compte les fruits sur l’arbre et écris leur nombre". Bien ! C’est quel chiffre que tu as écrit ?

 

Ton asticot : Euh, un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept.

 

Toi : Ok, et c’est quoi que tu as écrit ?

 

Ton asticot : Euh, un deux, trois, quatre cinq, six, sept.

 

Toi : Attends, je ne demande pas de compter, je te demande de me montrer ce que tu as écrit. Je parviens pas à lire.

 

Ton asticot : z’ai écrit 7.

 

Toi : Ecoute… pour moi, c’est impossible de voir si tu as écrit 1, 4, ou 7, Bonhomme. Je prends la gomme, j’efface et tu me le refais correctement, ok ?

 

Ton asticot : Oui mais Madame, elle a dit qu’on pouvait aussi écrire 7 comme ça.

 

Toi : Non, là ça m’étonnerait ! Allez, sois sérieux, tu vois bien que c’est n’importe quoi, ce que tu as fait !

 

Ton asticot : Non, ze veux que tu laisses comme ça, et d’abord ze veux que c’est maman qui corrize mes devoirs. Elle, elle sait bien comment on écrit 7.

 

Toi : Maman rentre plus tard, aujourd’hui, alors tes devoirs tu les fait avec moi, ok ?

 

Ton asticot : Nan !

 

Toi : Oh, et puis zut, je vais pas m’énerver. Si tu veux laisser comme ça, tu laisses comme ça et tu verras bien ce que te diras ta Madame.

 

Ton asticot : Voilà, alors ze peux aller zouer.

 

Toi : Attends Bonhomme, tu permets que je jette encore un œil à ton journal de classe ? Ah, ta Madame, elle a aussi indiqué « relire la feuille ». On ne l’a pas encore fait ! Passe-moi ton classeur. Voyons cette feuille. Ok, on va lire ensemble la première phrase.

 

 

Entracte

 

Tu peux aller chercher des chips et puis tu reviens pour emmerder le voisin en mastiquant tout en chiffonnant le sachet durant le reste du film.

 

 

 

Ahah, nous voici dans le vif du sujet. Cette fois j’espère que tu es bien installé !

Le retour du retour de la méthode globale 134e épisode (résumé des épisodes précédents, ton asticot doit une fois de plus lire la première phrase de la feuille).

'tention, les lumières s’éteignent.

 

Toi : j’en étais où, moi avec tout ça ? Ah oui, je vais te passer la feuille et tu commences par me lire la première phrase !

 

Ton asticot : Maman a préparé de la tarte.

 

Toi : Eh ! Pas si vite ! je ne t’ai même pas encore montré la feuille. Voilà. Tu lis.

 

Ton asticot : Maman a préparé de la tarte.

 

Toi : Non, mon bonhomme. Un petit effort ! C’est presque ça mais ce n’est pas ça.

 

Ton asticot : Si ! c’est bien ça qui est écrit ! On l’a lue ensemble à l’école !

 

Toi : Bonhomme, je te demandes de lire et pas de répéter par cœur. Le premier mot, c’est quoi ?

 

Ton asticot : Maman.

 

Toi : Bien. Le deuxième maintenant.

 

Ton asticot : A préparé.

 

Toi : Mais non, lis, je te dis.

 

Ton asticot : Mais ze lis, moi et il est marqué « a préparé » !

 

Toi : Tu te moques de moi, là, je te demande de lire. Si c’est « a préparé » qu’il est écrit, tu dois avoir d’abord la lettre « a ». Montre-moi se trouve la lettre « a ».

 

Ton asticot : Mais ze te dis que c’est « a préparé » il est mis « a préparé » !!!!

 

Toi : Ah Non ! ne m’énerve pas, mon bonhomme, je sens que ma patience a des limites..

 

Ton asticot : Et moi ze - dis - qu’il - est - mis « a préparé » !!!!

 

Toi : Bon ! jerestecalmejerestecalmejerestecalme. On va procéder autrement. Je te montre la première lettre du mot. Dis-moi ce que tu lis.

 

Ton asticot : Vvvv ?

 

Toi : M’enfin non !

 

Ton asticot : Rrrrrr ?

 

Toi : Mais enfin, ça c’est trop fort ! comment vois-tu un V ou un R comme première lettre du mot « prépare » ?

 

Ton asticot : Mais z’en sais rien, on n’a pas appris la lettre que tu me montres !

 

Toi : Ecoute, tu essayes de me tourner en bourrique là. Si tu dois lire ce mot, c’est que tu as appris la lettre non ? et la suite ? le mot suivant ?

 

Ton asticot : De la.

 

Toi : Mais non ! c’est UNE tarte, pas DE LA tarte, c’est quand même visible, non ? …j'en ai marre, tu te fiches de moi, fils d’andouille !

 

Ton asticot : Waaaa, ze ne veux plus lire, ze veux maman ! c’est chaque fois pareil, c’est touzours moi qui est puni !

 

Toi : M'enfin, je ne t’ai pas puni ! je te demande juste de lire…

 

Ton asticot : Siiiii tu me punis !!!!! Tu m’a appelé fils d'andouille !!!! Ze veux maman. Ze veux ma-man !

 

Ta Brune : Allons bon, qu’est ce qui se passe encore. Je rentre à peine et depuis la rue j’entends des cris.

 

Ton asticot : C’est papa, il se fâche sur moi alors que z’essaye de lireuuuu.

 

Ta Brune : Mais c’est pas possible, Chéri ! A chaque fois que je te laisse t’occuper des devoirs, ça se passe mal !

 

Toi : Mbblblmkl.

 

Ta Brune : A force de t’énerver, tu vas juste réussir à le décourager. C’est ça que tu veux ?

 

Toi : Mais je…

 

Ta Brune : Allez, laisse-moi faire et va devant ton ordinateur. Tu en meurs d’envie, non ?! Bon, Bonhomme, regardons ensemble cette feuille. La première phrase.

 

Ton asticot : Snif… Maman a préparé de la tarte.

 

Ta Brune : Presque ça. Ecoute-moi bien. « Ma-man-prépare-une-tarte ».

 

Ton asticot : Maman prépare une tarte.

 

Ta Brune : Eh bien voilà. Sincèrement, chéri, tu vois ? ça va tout seul avec un peu de patience. C'était bien la peine de mettre tout le monde dans un état pareil ! Tu ne trouves pas ?

 

 

Et voilà, encore un moment de bonheur en famille. Toi aussi, participe a l’apprentissage de la lecture par la méthode globale, tant qu’il est encore temps !

 

Oh, j’allais oublier. T'es encore là ou bien tu as déjà quitté la salle ?

 

 

 

 

Ta Brune : M’enfin, tu aurais quand même au moins pu faire l’effort de vérifier le devoir du petit ! Tu trouves vraiment que ça ressemble à un 7, ça ???








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01/12/2005

Extrême jonction



 Il y a des jours…

…après avoir tant et tant traîné ta journée, mollets harassés et chevilles empêtrées,  tu échoues enfin le soir au pied du lit.

Tu laisses ton fardeau entre les pantoufles avachies et le bouquin du soir, tu t’enfonces dans l’édredon, tu te prépares à  larguer les amarres en rêvant déjà de l’évasion vers l’autre côté du cadran…

 

Mais le bateau n’est pas là, ou seraient-ce les amarres qui ne se larguent pas.

 

Tu cherches le sommeil tantôt à droite, tantôt à gauche, tantôt sur le dos au fil de la respiration de celle qui dort paisiblement juste à côté de toi.

Et c’est dans le lit que tu te noies.

Tu te raccroches à la moindre parcelle d’idée, à n’importe quel bout de rêve à attraper pour enfin décoller.

 

Rien... le ciel est désespérément vide tandis que, petit à petit, le fardeau du jour passé s’insinue, rampe sous l’oreiller, rejoint déjà celui de demain pour ne faire qu’un seul magma pesant.

Alors tu fuis le lit, tu erres dans la maison froide et sans lumière à la recherche d’un verre d’eau, d’un fragment de sommeil à glisser sous tes paupières fatiguées.

Faute de savoir que faire, tu te recouches enfin, tu recommences la nuit à zéro.

Maintenant ça va aller.

 

Tu penses très fort à ne pas penser de ne plus penser, tu cherches à te vider  l’esprit, et c’est à ce moment qu’arrive le point de détail, ce tout petit souci, un problème à résoudre qui t’attend de l’autre côté de la nuit, dérisoire et dont tu riras demain mais qui t’envahit, qui ne te lâche plus. Tu as beau te retourner, il te suit, te harcèle.

Puis arrive l’œil furtif vers les chiffres du réveil et c’est la panique. Tu es déjà si tard, si tôt. Les minutes défilent à une vitesse folle et de la rue parviennent à présent les premiers bruits qui tuent la trêve nocturne.

 

Plus le temps de dormir. Il ne te reste qu’à attendre calmement, les bras le long du corps, yeux ouverts dans le lit, que le réveil sonne, t’économiser pour tenir le coup encore une journée.

 

Non, tant pis tu te lèves. Tu te retrouves sur le quai, atone et sans âme, et le train est annulé. Le train pour où ? Tu ne prends plus le train depuis belle lurette. Et quelle est cette gare ? Et comment rentrer chez toi ? Tu regardes ta montre. Il est dix heures trente.  Ce n’est pas possible ! Tes collègues sont déjà au boulot et toi tu n’y es pas. Tu as dormi trop longtemps, tu n’as pas entendu le réveil.

 

Brusquement à ta gauche, dans les hauts parleurs, une voix grésille « …dissipation lente des brumes matinales. Plus tard dans la journée, de belles éclaircies apparaîtront mais le thermomètre fera grise mine. Les températures ne dépasseront pas …».

Ta Brune roule sur le côté et coupe la radio, soupire profondément. T’as les idées éparpillées tout autour de toi, tu maudis ce sommeil  tant recherché qui te colle à présent aux yeux, aux oreilles, t’empêche de quitter le lit. Tu trébuches dans tes pantoufles, t’empêtres à nouveau dans le fardeau qui s’accroche à tes mollets, à tes chevilles. Tu titubes jusqu’à la salle de bain, découvres ce visage aux yeux gonflés vieilli d’une nuit de plus.

 

Faudra attendre ce soir. Ca ira mieux demain, si tu trouves le chemin.


Extrême jonction


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