03/05/2006

Quelques traces de pas sur la toile

 On se rencontre, on se fréquente, on se sépare, on s’éparpille au vent graines de pissenlit, destinée qui est la nôtre.

 

Que sont-ils devenus, ces camarades du quotidien auxquels on a dit « au revoir » un après-midi de fin juin à la sortie de l’école, et qu’on n’a plus jamais revu, partis ensuite vers l’oubli ?

 

Comment s’appelait-il encore, le petit gros qui brossait systématiquement la visite médicale. Et l’autre qui s’était caché dans une armoire durant tout le cours de physique ?

 

On s’étonne de n’avoir plus de nom à coller sur les visages des photos de classe jaunies entassées dans une boîte à biscuits. Ces visages qui furent pourtant conjugués cinq jours par semaine du lundi au vendredi, de l'automne à l'été, de la première à la sixième…

 

Quand je reviens pour quelques heures dans ma ville natale, je guette un regard, un signe, une rencontre fortuite sur les trottoirs de la cité lainière de mon enfance mais il n’y a plus personne.

 

La roue a tourné. Parfois, un mot, une image éveille en moi un souvenir et il me revient brusquement  un patronyme et un prénom que je croyais oubliés.

 

Si je suis installé derrière mon PC, il m’arrive de lancer ce souvenir dans le puits virtuel, et j’attends le retour de l’écho.

 

Le plus souvent, le puits me renvoie simplement le silence, ou bien le nom me revient accompagné d’une destinée qui n’a jamais croisé la mienne. Généalogie de « X », né en 1850, mort en 1902.

 

Parfois  je reçois un élément unique permettant de reconstruire une bribe de vie. A partir d’une simple signature et d’une adresse figurant entre mille autres, sur une pétition internetisée contre la publicité dans les programmes télévisés pour enfants… J’imagine le chemin parcouru, une vie de famille, les menus combats au quotidien.

 

Parfois je découvre un pan entier d’une nouvelle existence. Il voulait s’installer plus tard dans le Valais pour professer en tant que kiné, est-ce donc lui qui organise aujourd’hui des randonnées en VTT dans les alpes et dispose d’une adresse e-mail sur un portail Suisse ?

 

Parfois passé et présent se rejoignent. La copine qui venait pleurer sur mon épaule pour épancher ses peines de cœur à l’Université. Je la retrouve petite et menue, en robe courte sur une photo de classe des années 70 à son ancienne école. Un visage familier, enfantin que je n'ai pas connu… Deux lignes plus bas, mes recherches me la signalent comme directrice d'une maison de repos dans une ville brabançonne. Elle qui voulait devenir avocate.

 

Et puis le choc. Eeeh, celui-là qui piquait mes billes à la cour de récré ! Le voilà qui  s’affiche à présent, arrondi, dégarni, souriant, sur le site très officiel de « la Libre » !  Un article complet lui est consacré car il a été nommé voici peu Secrétaire général de l’organisme Trucmuche. Presque méconnaissable mais l’âge, les éléments de CV concordent, zutalors !!!

 

Quelques empreintes de pas, ici et là, laissées sur la grande toile. En silence, je remets le voile sur ces tranches de vie exhumées. Je n’ai pas contacté les adresses e-mail parfois disponibles. Peur de déranger, et puis que se dire ?  Il y a les soupers d’anciens où plus aucun ne va, les sites de copains d’avant où personne ne s’inscrit…

 

Le vent m’a promené un peu partout jusqu’à me déposer dans cette petite vallée où j’ai pris racine, loin du collège de mes enfances. Pourquoi retourner vers le passé ? J’ai des amis, un boulot, des centres d’intérêt, une fille aînée qui piquera bientôt les chandails de sa mère pour sortir avec ses copains. Dans 25 ans, elle repensera peut-être également à ceux-ci avec une pointe de nostalgie et se posera ces mêmes questions quant aux amitiés emportées... 

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