07/09/2006

La vie, les mines et les pieds

 
C’était au temps lointain où mon parcours vers l’école traversait un champ de mines.
 
 
 

 

La place du Palais menant au collège était couverte de larges pavés, séparés par des fils invisibles et  mortels.

 

Chaque enjambée devait obligatoirement me déposer au centre d’une dalle.

 

Et si mon pied, mal assuré, loupait la cible et rencontrait le bord, c’était le contact avec le fil, l’explosion et la mort assurée...

 

Ce n’était pas un rêve, c’était la réalité que je m’étais inventée.

 

Si je touchais un bord, je ne mourais pas pour de vrai,  mais je mourais quand même vraiment.

 

Et c’était important.  Assez important pour ne plus regarder les arbres en fleur, les gens ni les oiseaux.

 

Mais regarder mes pieds.

 

Toujours regarder où je mettais les pieds, ne pas faire un faux pas, garder le regard fixé sur les chaussures, sur cet horizon de quelques décimètres pour éviter la mort.

Ne pas quitter des yeux mes pieds.

 

A tel point qu’au bout du compte, j’en perdais parfois le chemin et arrivais en retard à l’école.

 

 

 

On vieillit mais on ne change pas.

 

Depuis l’enfance, la vie est toujours faite d’un ensemble de dalles sur lesquelles traverser. Devant soi la vie, les rêves, l’inaccessible étoile, les monts et merveilles…

 

Et pourtant….

 

Pour ne pas changer il faut qu’on regarde ses pieds.

 

Sans en mettre un de travers, sans faire de faux mouvement, sans basculer dans le précipice... éviter de regarder trop loin devant soi mais regarder ses pieds, univers limité aux ficelles intouchables des règles implicites, du regard des autres, de la bienséance…  frontières invisibles aux origines floues mais qu’il faut  respecter…

 

 

Dis…

 

Crois-tu que j’arriverai à marcher en regardant devant moi, en choisissant ma route au delà de quelques décimètres ?

 

Ne pas devoir m’arrêter mais avancer tout en regardant vers le ciel, vers l’horizon là bas tout devant...

 

Crois-tu que ce soit possible ?

 

 

Crois-tu que si j’oublie les dalles, elles m’oublieront aussi ? Crois-tu que je n’exploserai pas ? Crois-tu qu'alors je pourrai m’envoler ?

 

Tu sais…

 

Parfois je me dis « heureux ceux qui louchent », non parce qu’ils verront deux fois Dieu comme dit cette blague idiote, mais parce qu’ils parviendront à  voir au loin tout en gardant à l’œil où ils placent leurs pas.

 

 

 

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Commentaires

*** je n' ai jamais trop suivi cette ligne droite
des pas de travers, j'en ai fait et j'en referai...j'm'en porte pas plus mal note :-)

ps: j'adore Coldpaly....j'me bouge pas d'ici

bonne soirée, bises

Écrit par : mnb | 13/09/2006

avancer à pas comptés.... sur le chemin de l'école je comptais mes pas, regardant où je mettais les pieds .. .. car je traversais la ville .. plus de 5000 pas chaque fois et je voulais être au plus vite chez moi ? Prenant parfois un chemin plus jong, à l'aller je récitais mais leçons .. ajourd'hui encore quand je me promène dans ma campagne, il m'arrive encore de compter mes pas ... ceux qui me sépare de mon trépas

Écrit par : Aramis-échotier | 14/09/2006

heureux te retrouver "Ne demande pas le chemin à qui le connait, tu risquerais de ne plus pouvoir te perdre, le but est le chemin lui-même!".

Écrit par : mik | 14/09/2006

moi... quand par malheur j'arrive dans un endroit où les carrelages sont blancs et noirs... je ne mets JAMAIS un pied sur les noirs! que les blancs! T'as l'air idiote à marcher sans quitter tes pieds mais c'est plus fort que moi! contente de te retrouver je repars à pas... feutrés! gros bisous!

Écrit par : nanou | 20/09/2006

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